Monologue sur l'excision: Et la rose s'écroula...

Je m’appelle Sala, et  j’aurais aimé vous dire que je suis un petit bout de femme. Sauf que j’ai été dépossédée de ce petit bout qui faisait de moi une femme, comme une rose l’aurait été de sa couronne.
Qu’est-ce qu’une rose sans couronne ?
Dans mes songes, ma mèreme répond : "c’est la tradition, c’est comme ça ma fille…"
Eh bien, qu’il en soit ainsi…
A ce jour, je n’ai jamais pu mettre un nom sur cette chose que j’ai subie au cœur de mon être…Peut-on mettre des mots sur l’indicible, sur l’inqualifiable?
Je m’appelle Sala et j’aurais aimé me présenter à vous avec tous mes organes. Mais est-ce ma faute si j’ai été amputée de ma féminité ? C’est la tradition, c’est comme ça…

Et la rose s’écroula… est un monologue où le personnage central, Sala, raconte les faits marquants de son enfance dans un village de Casamance: la disparition prématurée de sa mère et son excision.
A un très jeune âge, elle sera confrontée à la maladie de sa mère sans réellement comprendre ce qui se passe et devra subir la violence de cette dernière qui, se sachant condamnée, croira bon de malmener sa fille afin de la préparer à l’âpreté d’une vie sans mère.
La petite Sala sera plongée au cœur d’une vie où la tradition et la collectivité effacent la pensée individuelle afin de mieux la façonner. Elle subira l’excision, cet acte où la tête de la rose est fendue, comme une trahison de son clan avant de l’accepter tel un couronnement car son exciseuse, voleuse de pétales, veillera à ce qu’elle en soit fière.
Et la rose s’écroulac’est la perte de l’innocence, le chant de la résignation, la puissance de la tradition, la célébration de la femme courage à travers le voyage intérieur d’une jeune femme qui glisse à nouveau sous la peau de l’enfant qu’elle était, pour mieux tisser des mots sur le silence de sa coutume.

Actuellement en représentation au Sénégal.

De et par Dialika Sané
Mise en scène Pape Faye

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